Imaginez un instant : vous dirigez une boutique en ligne qui génère plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires chaque année. En France ou en Espagne vous versez 25 % ou 21 % d’impôt sur les sociétés, 20 % ou 21 % de TVA, et vous vous interrogez chaque fin d’année sur la meilleure façon d’optimiser légalement votre fiscalité. Et si la réponse se trouvait à seulement quelques heures de route, dans une petite Principauté nichée entre deux géants européens ?
Depuis plusieurs années, Andorre attire un nombre croissant d’entrepreneurs du numérique, notamment ceux qui opèrent dans le e-commerce, le dropshipping, les produits numériques ou les services en ligne. Mais derrière les promesses d’un impôt sur les sociétés à 10 % et d’un IGI à 4,5 %, se cachent des réalités opérationnelles qu’il est dangereux d’ignorer. Chez AND Capital, nous accompagnons chaque mois des porteurs de projets qui se posent exactement cette question : « Est-ce vraiment intéressant de créer ma société en Andorre pour vendre sur internet ? »
Andorre pour le e-commerce : entre rêve fiscal et réalité opérationnelle
La réponse n’est ni un oui enthousiaste ni un non catégorique. Elle dépend de votre modèle économique, de votre volume d’activité, de votre volonté (ou non) de vous installer réellement dans la Principauté et de votre capacité à gérer les spécificités d’un pays hors Union européenne.
Les atouts fiscaux qui font vraiment la différence
Commençons par ce qui attire le plus : la fiscalité. En 2026, le paysage fiscal andorran reste très compétitif pour une activité commerciale :
- Impôt sur les sociétés (IS) plafonné à 10 % (2 % dans certains cas très spécifiques de commerce international)
- IGI (TVA andorrane) à 4,5 % standard, 1 % sur certains produits alimentaires, 0 % sur santé et éducation
- Dividendes distribués aux résidents fiscaux andorrans totalement exonérés
- Pas d’impôt sur la fortune, pas de droits de succession
- Pas de retenue à la source sur les dividendes versés à l’étranger dans de nombreux cas grâce aux conventions
Pour un e-commerçant qui réalise 150 000 € de bénéfice net annuel, cela représente une économie fiscale de l’ordre de 22 500 € par an par rapport à la France (25 %) et environ 16 500 € par rapport à l’Espagne (21 %). Sur cinq ans, on parle déjà de plus de 100 000 €, ce qui commence à justifier un projet d’expatriation.
« Lorsqu’un client dépasse les 120-150 k€ de bénéfice annuel et qu’il est prêt à s’installer, le différentiel fiscal devient réellement significatif et mérite d’être étudié sérieusement. »
– L’équipe de AND Capital
Les marketplaces : le premier obstacle majeur
Si votre modèle repose en grande partie sur Amazon, la mauvaise nouvelle tombe rapidement : Amazon Seller Central n’accepte pas Andorre comme pays d’établissement de la société en 2026. Même constat pour plusieurs autres grandes marketplaces américaines ou européennes qui exigent un SIRET européen ou un équivalent UE.
Les solutions les plus courantes consistent à :
- Créer une structure parallèle dans un pays accepté (Espagne, Portugal, Estonie, etc.)
- Utiliser un compte Seller opéré par un partenaire logistique européen
- Se concentrer exclusivement sur son propre site + Etsy, eBay, marketplaces de niche
Si vous faites 70 % de votre chiffre via Amazon FBA, Andorre devient nettement moins attractive sauf à accepter une structure multi-juridictionnelle plus complexe (et plus chère).
Paiements en ligne : des progrès… mais toujours des limites
En 2026 la situation s’est nettement améliorée :
- Stripe accepte les sociétés andorranes (avec quelques restrictions selon le type d’activité)
- MONEI est devenu un partenaire de référence local très apprécié
- PayPal Business fonctionne correctement
- Shopify Payments est disponible dans la plupart des cas
Malgré ces avancées, certains processeurs haut de gamme (Adyen pour les gros volumes, Checkout.com, etc.) restent réticents ou imposent des frais plus élevés. L’ouverture d’un compte professionnel local reste donc fortement conseillée, même si l’ouverture de compte bancaire en Andorre demande toujours du temps et de la documentation.
Logistique & douanes : le point noir historique
Andorre n’appartient pas à l’Union européenne. Conséquence directe : chaque colis entrant ou sortant transite par les douanes françaises ou espagnoles. Cela génère :
- Délais supplémentaires (souvent 1 à 3 jours ouvrés)
- Frais de dédouanement fixes par colis
- Droits de douane selon le produit (généralement 0 à 17 % selon le chapitre TARIC)
- Complexité TVA sur les ventes à distance intracommunautaires
Le dropshipping et la vente de produits numériques (formations, logiciels, templates, NFT, etc.) contournent largement ces problèmes. Pour les entrepreneurs qui stockent et expédient eux-mêmes, le surcoût logistique peut représenter 8 à 15 % du prix de vente selon les volumes.
Substance économique : la condition sine qua non en 2026
Depuis l’entrée en vigueur renforcée des standards OCDE / BEPS et des exigences européennes, la substance économique n’est plus une option : c’est une obligation.
| Critère | Exigence minimale | Contrôle réel en 2026 |
| Bureau physique | Obligatoire (coworking accepté) | Vérification photos + bail |
| Employé résident | Au moins 1 (dirigeant inclus si résidence active) | Contrat CASS + fiches de paie |
| Compte bancaire local | Obligatoire | Relevés mensuels demandés |
| Décisions stratégiques | Prises en Andorre | PV d’AG, mails, factures locales |
Sans substance réelle, le fisc français ou espagnol peut très facilement requalifier la société comme un établissement stable sur son territoire et appliquer sa propre fiscalité. Nous le constatons encore régulièrement chez des clients qui avaient sous-estimé cette exigence.
Résidence active : le scénario le plus sécurisé et le plus rentable
Pour profiter pleinement du régime fiscal andorran sans risque majeur de redressement, la voie royale reste la résidence active en tant que chef d’entreprise :
- Création d’une SARL (capital minimum 3 000 €)
- Détention ≥ 34 % des parts + siège au conseil d’administration
- Dépôt de garantie AFA 50 000 € (restitué au départ)
- Présence physique ≥ 183 jours / an
- Inscription CASS (cotisations ≈ 20 % du salaire)
En échange, vous bénéficiez :
- IRPF maximum 10 % (tranche à 5 % jusqu’à 40 k€ environ)
- Dividendes 100 % exonérés
- Sécurité juridique renforcée face aux administrations étrangères
Exemple chiffré réaliste 2026
Imaginons un e-commerçant français qui réalise :
| France | Andorre (résidence active) | |
| CA HT | 600 000 € | 600 000 € |
| Bénéfice avant IS | 180 000 € | 180 000 € |
| Impôt société | 45 000 € (25 %) | 18 000 € (10 %) |
| Bénéfice distribuable | 135 000 € | 162 000 € |
| IR + prélèvements sociaux (approx.) | ≈ 55-60 % sur dividendes | 0 % sur dividendes |
| Net en poche | ≈ 60-70 k€ | ≈ 140-150 k€ |
Différentiel annuel : environ 75 000 à 85 000 €. Même en déduisant le coût de la vie (similaire à la région toulousaine ou barcelonaise) et les frais de structure, le gain reste très substantiel dès que le bénéfice dépasse 100-120 k€.
Pour qui Andorre est-elle vraiment pertinente en 2026 ?
Oui si :
- CA > 400-500 k€ et marge nette > 20-25 %
- Prêt à déménager réellement en Andorre (au moins 183 jours/an)
- Activité peu dépendante d’Amazon FBA
- Modèle dropshipping, print-on-demand, infoproduits, SaaS, coaching en ligne
- Volonté de construire un patrimoine à long terme dans un cadre fiscal stable
Non (ou très risqué) si :
- CA < 200 k€ → les frais fixes mangent l’avantage fiscal
- Refus de quitter la France ou l’Espagne
- Dépendance totale à Amazon / marketplaces non compatibles
- Besoin de stocker et expédier plusieurs milliers de colis par mois
Les étapes concrètes pour se lancer
- Étude de faisabilité personnalisée (modèle économique + fiscalité projetée)
- Choix de la forme juridique (SARL 3 k€ ou SA 60 k€)
- Obtention de l’autorisation d’investissement étranger si non-résident
- Création effective de la société (détails ici)
- Ouverture compte bancaire professionnel
- Dépôt garantie résidence + demande résidence active
- Mise en place substance économique (bureau, employé, décisions locales)
- Adaptation du tunnel de vente (paiement, logistique, mentions légales)
Le processus complet prend généralement entre 3 et 6 mois selon la complexité du dossier et la réactivité des administrations.
Mot de la fin
Créer une société en Andorre pour vendre en ligne n’est plus un mythe réservé à quelques influenceurs fortunés. C’est une stratégie réelle, puissante… mais exigeante. Elle demande un engagement personnel fort, une bonne préparation logistique et juridique, et surtout un chiffre d’affaires et une rentabilité qui justifient le changement de vie.
Si vous vous reconnaissez dans le profil décrit plus haut et que vous souhaitez une analyse 100 % personnalisée de votre projet (modèle économique, prévisionnel fiscal sur 5 ans, contraintes spécifiques à votre niche), l’équipe de AND Capital est à votre disposition pour en discuter sans engagement.
Andorre ne convient pas à tout le monde. Mais pour ceux qui franchissent le pas avec un projet solide et une vision à long terme, elle reste, en 2026, l’un des environnements les plus attractifs d’Europe pour un entrepreneur du digital qui veut garder une très large part de la valeur qu’il crée.
